Le cygne noir numéro 1 >> Intentions 1
LA POESIE DE MARC-LOUIS QUESTIN par André Murcie.

LES DIAMANTS D'APHRODITE

( mandragores & dragons... )

Litanie Gothique

MARC-LOUIS QUESTIN

Préface de JEAN HAUTEPIERRE

Illustrations de JEAN-LOUIS RICAUD

Collection Pour un Ciel Désert.

RAFAEL DE SURTIS EDITIONS. 7 Rue Saint-Michel. 81 170 CORDES SUR CIEL.

 

Superbe plaquette. Nous ne dirons pas que le plaisir de la lecture en est augmentée car la violente beauté de la poésie de Marc-Louis Questin emporterait votre esprit même couchée sur de vieux feuillets maladroitement ronéotypés. Mais la vignette couleur de la couverture, cette suggestion proéminente de femme-mort enceinte d'un autre monde due à Jean-Louis Ricaud prépare et incline déjà le lecteur à affronter une dimension poétique quelque peu différente de l'ensemble de la production contemporaine.

 

Nous retrouverons en début et en fin de volumes ces maternités iconiques de Jean-Louis Ricaud jusqu'à ce surprenant cahier central de quatre photographies de sculptures héroïques du même, artiste modelant la terre, le métal et le sacré, d'une même nécessité. Espèces de bas-relief et de ronde-bosses posés là comme en contre-chant guttural à la splendeur diluvienne des odes questoniques. Nous aimerions parler de ferrailles telluriques comme l'on nomme les rocailles de l'art baroque, car nous sommes ici très loin de l'idéal classique aux confluents des ferveurs extatiques et des exaltations chimériques. L'on ne peut se contenter du vocable passe-partout d'illustration, pour définir le contre-point musical qu'engendre la juxtaposition, rarement tentée, de la poésie et de la sculpture. L'oeuvre des deux artistes se répondent, tels des coups de clairons intempestifs et directionnels dans le grouillement confus de l'existence.

 

Passons la préface par trop descriptive à notre goût de Jean Hautepierre, nous n'en retiendrons que la formelle précision « dans le texte de nombreux alexandrins blancs ». Mais peut-on invoquer Aphrodite autrement qu'en faisant appel à l'art royal du vers français ? A part que malgré notre plus forte volonté nous n'avons point aperçu le texte proprement dit. La poésie de Marc-Louis Questin se présente sous forme d'une coulée orphique. Un orpallique fleuve de boue sacrée qui emporte tour sur son passage et ne rend rien. Le diamant a beau briller jamais vous ne capturerez l'étincelle de son éclat dans votre prunelle.

 

Tant de spasmes, tant d'émotions, tant d'évocations, un seul poème semble charrier toute la foule bigarrée de l'Inde au détours d'une seule respiration. Si l'on peut parler de paganisme c'est en cette ruée incessante de corps et de monstres, d'époques lointaines et d'éveils profonds dans les plus vieux rêves de l'humanité. Dans chaque vers de Marc-Louis Questin la chair du monde affleure le verbe.

 

Comme une urgence de tout ce qui est, et a été, à vouloir se rouler une fois encore dans le flot intarissable de l'Etre. Peut-être le plus difficile pour le lecteur plongé dans cet ouroboros de présences sera de retrouver le noeud originel et destinal de cette levée des apparences ontologiques. Mandragores et dragons ne sont que des images, des métaphores d'expériences, personnelles, qui servent à marquer l'impersonnalisation du poëte.

 

Marc-Louis Questin ne porte pas un masque. Il les emprunte tous, mais nous les restitue tous. Toute anecdote du monde est à entrevoir comme un hétéronyme fabuleux de la figure de Marc-Louis Questin. Tour à tour samouraï, poulain, chanteur de rock, renard, statue, sperme, arcane et il faudrait reprendre chaque mot du recueil pour atteindre à l'instance du poëte qui aurait le monde des objets, des êtres vivants et des emblèmes pour résidence seigneuriale sur la simple terre des hommes.

 

La poésie de Marc-Louis Questin transfigure en démarche héraldique la quête des pacotilles du monde. Elle appose son poinçon alchimique sur la dispersion évènementielle des tessons de la vie. Les vampires sortent de leur cercueil pour baigner dans l'irréelle lumière de leur âme intérieure. Les pyramides dressent leur formes singulières dans l'oeil des westerns crépusculaires. L'on poursuit le poëte de chambre en chambre, de frisson d'oiselle en rire de princesse. Nous ne sommes pas de l'autre côté du miroir mais dans le tain du reflet prisonniers d'une neige de beauté immarcescible qui tombe et recouvre le monde. Nous désirons ne plus en sortir, pas plus vivant que mort. Marc-Louis Questin, l'enchanteur d'une poésie qui abolit le temps et l'espace pour mieux nous envoûter dans les méandres du désir potentiel des Dieux, des Démons et des Merveilles. Poésie transfigurée et transfigurante.

 

Nous faisons suivre notre chronique des deux précédentes que nous avions consacrées en d'autres lieux et d'autres temps à la lecture des deux premiers recueils de poésie de Marc-Louis Questin. Ce sera notre façon de contribuer à fixer les limites d'une démarche poétique qui nous paraît essentielle.

 

LA VISION D'OSIRIS

Préface de THOMAS ROUSSEAU.

78 p. Février 2007. Collection La Maison des Pages.

EDITIONS PUBLIBOOK. 14 rue des Volontaires. 75 015 PARIS.

 

Les dieux ne meurent jamais, il se trouve toujours un poëte pour les ressusciter. Même si vous ne voulez pas marcher dans ce rituel de reviviscence, tout est fait pour vous y entaîner. La plaquette appelle la main. Longtemps que je n'avais vu une telle réussite d'équilibre et de grâce exquise. L'objet doit atteindre aux proportions mystérieuses d'un nombre d'or volumique. Messieurs les libraires méfiez-vous, nul doute que l'ombre espiègle d'Hermés voltigera sur les présentoirs et s'amusera à tenter bien des clients à enfouir l'esthétique volume dans une poche complice. Lecteur timoré, si tu n'arrives à commettre le vol, rassure-toi pour un prix raisonnable tu connaîtras tout de même l'envol.

 

Le Renard de Corail, le premier recueil de poésie de Marc-Louis Questin que nous avions chroniqué dans la revue Alexandre en 1999 nous avait séduit. Cette Vision d'Osiris nous éblouit. A peine deux jours que le facteur l'a déposée et nous l'avons déjà lu quatre fois. Il est vrai que c'est une poésie difficile. Entendons-nous bien : ça se lit, ça se vide, ça se siffle d'un trait. Comme une pluie d'orage qui déboule sur vous et vous fertilise d'un flot de sensations et d'images nouvelles.

La configuration des poèmes – une longue laisse d'une trentaine de vers, que dans sa préface Thomas Rousseau appelle des alexandrins, mais qui n'en sont pas, ou s'ils en sont, c'est mesuré non pas aux rigueurs mathématiques du nombre douze, mais à l'ampleur d'un souffle souverain, qui tombent du haut de la page vers le bas, comme les cataractes ruisselantes du Nil, et emportent tout sur leur passage – est telle justement ces rideaux telluriques de trombes équatoriales qui pleuvent une eau grasse, chargée de mémoires et de semences.

 

Imaginez que les eaux du monde viennent vers vous en un terrifiant grondement diluvien. Elles ont arasé la surface de la terre et vous allez être pris dans l'infini tournoiement de leur débordement. Des hommes vous n'apercevez plus rien, leurs corps ont été engloutis au fond du gouffre dans cette boue noirâtre qui forme les soutes vaseuses de l'écoulement gigantesque. Mais les temples et les Dieux surnagent. Les frontons élancés ou les murailles cyclopéennes vous heurtent de plein fouet. Vous n'y prenez pas garde, attentifs que vous êtes à repérer les membres disjoints de Dionysos ou les fragmences des rêveries d'Osiris.

 

Car pendant la quête, la poésie continue. Même coupé en morceaux le Dieu n'en continue pas moins de rêver, et la Vision d'Osiris est un relevé torrentueux des fantasmes colorés et agoniques qui peuplent l'abîme du dieu dispersé. C'est un film flou qui se déroule à toute vitesse, les différentes séquences se télescopent sans ordre ni suite, sans queue ni tête. Mais derrière la débâcle rationnelle des causalités la signifiance des synchronicités s'émerveille de la totalité retrouvée.

 

Chaque vers renferme les sept nouvelles merveilles du monde. Ce pourrait devenir un jeu de société : restituer en moins de quinze minutes les trois allusions métaphysiques et les six illusions philosophique du vers 4 de la page 31 ! Ce n'est pas un hasard si le nom de Pound et des Cantos sont cités. Le pire c'est que La Vision d'Osiris n'est pas écrasée par une telle référence.

 

C'est que le songe intérieur de Marc-Louis Questin procède d'une forte égocité. A fréquenter les Dieux, les Livres et les Oeuvres vives de l'humanité depuis les premiers sentiers néolithiques jusqu'aux plus abstruses gnoses de Princeton, Marc-Louis Questin a amassé un savoir prodigieux dont la poésie le lave, le nettoie et le purifie, comme un yoga nidra chasse les cauchemars du sommeil et dispense le repos réparateur, libérateur.

 

La poésie de Marc-Louis Questin se donne à lire comme une ascèse plantureuse, un festin de roi pour les mendiants idiots que sont les lecteurs, que nous sommes. Mais à la réflexion, les ondes déchaînées de ces intumescences liquides, Marc-Louis Questin ne nous les tend-il pas comme un miroir pour que nous prenions enfin conscience que nous sommes, de l'autre côté du miroir de la divinité, le cauchemar inénarrable des Dieux.

 

La poésie de Marc-Louis Questin nous est précieuse. En ce début de millénaire elle est une des très rares qui établisse la jonction avec l'orphisme originel. En cela elle est irremplaçable, directement entée et hantée de ce qui nous est essentielle et absolue provenance.

 

In littera-incitatus.ifrance.com : Livraison 76 du 13 / 06 / 2007.

 

 

 

LE RENARD DE CORAIL.

L'INDICIBLE EXPERIENCE.

Préface de MICHEL CAMUS.

88 p. 14 / 21 cm. Juin 1999.

Collection : Les Cahiers du Sens.

LE NOUVEL ATHANOR. 50 rue du Disque. 75 645 PARIS CEDEX 13.

 

Il me plaît d'élire le renard de corail en ces figures que les légionnaires romains qui s'adonnaient au jeu de dès s'acharnaient à quérir sans le cornet de la corne de licorne unicorne. Si par hasard, il avait pu être le signe recherché au bas de la croix des évangiles je ne préfère ne rien vous dire de ma jubilation intérieure. Mais à chacun son propre renard. Maître Goupil a plus d'un tour dans son panache flamboyant.

 

Faites-moi grâce de vos chasses subtiles. La poésie de Marc-Louis Questin agit comme ces mandalas de sable et de sel que l'on tamise entre ses doigts sur le sol. La précipitation achevée, il ne reste plus qu'à y déchiffrer l'image exacte de nos projections mentales. A moins que, dans le silence de la silice, ne soient venus s'entremêler, infinétésimalement moindres, les atomes de poussière des rêves et de l'astral intermédiaire. Dans ce dernier cas le renard de corail apparaîtrait donc comme la marque indélébile d'une méta-réalité transcendante et immanente à l'acte même d'appel et de lecture.

 

Mais les Dieux ne font jamais signe. Ils font, des, signes. Ce qui complexifie la difficulté de l'apparence des choses. Dans ce capharnaüm du monde le renard de corail n'est qu'une peluche en mauvais état, bouffée jusqu'au crin par les mites, qu'une petite fille aura abandonné dans une décharge publique. A vous de transmuter la petite fille en princesse d'opaline et le tas d'ordures en butin de corsaires. Du vil plomb il est aisé de le transformer en or. Mais du sourire sardonique du renard de corail que ferez-vous ?

 

Revenez aux poèmes de L'indicible Expérience : ils sont comme autant de bâtonnets d'encens que l'on aura plantés dans le sol et laissé brûler toute la nuit. Ils sont mieux que des témoins les rescapés sacrés des rituels qui furent psalmodiés. La poésie de Marc-Louis Questin se donne à nous sous la forme d'une pluie diluvienne d'images expérimentales qui charrient toutes les sagesses phantasmatiques du monde. Vous avez peu de chance que le renard de corail vienne manger dans votre main. Il est trop occupé à grignoter la lymphe de vos pensées.

 

Ce qui ne peut être dit ne doit pas être obligatoirement tu. La poésie de Marc-Louis Questin s'érige là, dans la tension, l'attention, extraordinaire suscitée par cette inconséquence de la réalité. Certains y verront le récit illusoire d'une quête. Les drakkars de l'impossible légende s'estompent-ils tous sur les récifs de corail ?

 

Ce premier recueil de Marc-Louis Questin nous aide à concevoir que le naufrage n'est pas toujours le but du voyage. L'on peut en revenir et porter à même la peau, tel le talisman emblématique d'une confrérie initiatique, un petit renard de corail.

 

In Alexandre( Mensuel de Littérature Polycontemporaine ) N° 60 du mois de Février 2000.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LES DIAMANTS DE MARC-LOUIS QUESTIN

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