Le cygne noir numéro 1 >> Intentions 1
ARTICULATIONS. PATRICE BLANC. par André Murcie.

ARTICULATIONS. PATRICE BLANC.

Editions du GRIL. 11 avenue du Chant d'Oiseaux. B 1310 LA HULPE.

40 p. 2007.

 

Proche de l'école de Rochefort, qu'ils disent sur la quatrième de couverture. Il est inutile de mettre des bornes. Les poèmes de Patrice Blanc se suffisent à eux-mêmes. Surtout cette suite datée de l'été 2004, condensés à l'extrême, reprenant mille et une fois les deux mêmes scènes, celle de deux corps qui se donnent et celle de l'écriture qui se reprend dans son propre resserrement.

 

Jamais plus d'une dizaine de vers, mais c'est bien assez lorsque deux corps se tournent l'un vers. L'autre. Elle est là la terrible articulation. Cette motricité du poignet qui rapproche et rejette. Deux corps qui vont l'un à l'autre dans la fougue du désir et la peur de se perdre. Que reste-t-il que le vide lorsque l'on a tout offert de soi. Rien. La cime du don est aussi le crime de soi-même. Les draps sont tachés de sang. Cette lymphe abrupte qui court dans les veines intérieures comme dans la nomination symbolique des plus grandes violences. Le poëte se fait toujours un sang d'encre.

 

A chaque laisse l'idée de Délie est déliée. Est-ce le poëte qui meurt chaque fois que le couple se forme ? Une tentative et puis une autre. Encore que vous pouvez lire comme l'unique traversée du désert du désir. Avec des havres de paix qui seraient les intermittences des mots dévoilés.

 

Car il n'y a pas de blanc. Ni sur les pages délaissées ni dans la pénombre de deux corps rapprochés. Seule la noirceur des mots importe. Comme ces couteaux noirs qui tailladent le corps de l'autre. Pas triste pourtant, le poëte occupé à sa dure besogne. L'écriture filmique du désir qui se poursuit comme une scène de genre, une scène de nuit sur la beauté du monde.

 

Silence ! Le poëte tourne. La meule des mots sur le basalte des corps. Et la déception froide des énigmes irrésolues. L'on a tout donné et l'on a rien appris. Entre le sein que l'on lèche et le sein que l'on lâche, une seule voyelle de différence. Aussi épaisse que la membrane du foetus, aussi souple que la langue du poëte qui ne dit mot et consent, aussi inutile qu'un préservatif usagé. Pluie de sperme. Après l'orage, la délivrance. Et la replongée inquiète dans la proximité de l'autre qui se prête plus qu'elle ne se donne.

 

L'autre n'est jamais personne. A part entière. Juste la présence charnelle du désir. Un corps morcelé et jamais intègre. Des parties propitiatoires qui n'induisent jamais aux jeux du hasard. Le corps donné comme le lieu éternel de la circonstance. Et rien ne se joue que l'île du corps dans la houle de l'océan.

 

Est-ce assez ? A vous de pénétrer dans la «  chambre  atomique » des Articulations de Patrice Blanc. L'éros y est vécu comme une gymnastique de l'angoisse, un yoga cosmique obsédant qui vous relie à rien d'autre que votre suprême solitude. Vous risquez de revenir quelque peu brisé de votre blanc d'essai. Mais votre faim de lecture n'en sera pas pour autant assouvie. Vous en redemanderez en corps.

ARTICULATIONS. PATRICE BLANC.

EDITIONS DU GRIL.

© le-cygne-noir.com & les auteurs.
Firefox Css Html