Le cygne noir numéro 1 >> Intentions 1
MINOU MON AMI & LE VIDE-GRENIER. JACQUES CANUT. par André Murcie.
JACQUES CANUT
MINOU MON AMI.
Illustrations : CLAUDINE GOUUX. ACACIO PUIG.
Juillet 2008.
Deuxième livre que Jacques Canut consacre à Minou. Le premier était beaucoup plus primesautier, gambades de félins à toutes les pages. Nos lecteurs se rapporteront à notre chronique parue dans le n° 0 du Cygne Noir. Dans celui-ci le ton est plus amer, presque désespéré. Pas tant la folle guirlande des bêtises de Minou que son insupportable absence.
C'est un véritable Tombeau pour Minou que Jacques Canut nous révèle. Le chaton facétieux est toujours là avec sa compagne Mimine ( entre nous, avec en outre Moumoune, Minette et Fifi l'on ne peut pas dire que le poëte ait fait preuve d'une immense originalité dans la recherche du rare vocable pour désigner sa ménagerie personnelle ), mais le coeur de Jacques Canut n'y est plus, brisé en deux par la secrète fêlure de la disparition de l'ami à toujours perdu.
Tant de chagrin pour un quadrupède ronronneur ! Ceux qui ont limité la sphère de leurs amitiés à leurs semblables s'étonneront de cette plaie encore ouverte plusieurs années après. C'est pourtant un livre d'humaine souffrance dans la souvenance des jours heureux partagés dans une complicité d'êtres vivants. Quand on pense qu'il y a encore des imbéciles qui recherchent le chaînon manquant alors qu'il est partout autour de nous, sous la caresse de notre main, dans les yeux interrogateurs d'un animal qui vous fixe et vous devine, à la toute première fois.
Minou s'en vient à notre rencontre, comme l'Eurydice remonte des enfers, lui qui craignait l'eau n'a pas traversé l'Achéron à la nage mais son maître s'en est allé le chercher, pour qu'il revoie encore une fois l'azur terrestre. Et nous le mettre dans la main, dans l'espoir insensé de l'arracher à l'immémoire du monde. Boule de poils et bouleversant.
LE VIDE-GRENIER.
CARNET CONFIDENTIEL N° 28.
Couverture dessin de PASCAL ULRICH.
24 p. Juillet 2008.
Il y a encore un chat qui rôde dans le capharnaüm intérieur du poëte. Mais il ne s'attarde guère. Circulez il n'y a rien à voir. C'est la grande braderie, tout à dix centimes d'euro. Brocante du pauvre, on liquide tout ce qui reste. Le panier aux souvenirs est déjà vide. C'est étrange de voir comment les plus chers sont partis les premiers. Il ne reste plus que les instantanés. Directement de la rétine à l'écriture.
Le fond du fond, le poëte ne tient même plus le rythme, les poèmes se perdent sur l'immensité de la page. Tant pis on en mettra deux ou trois sur la même feuille. L'on finira par entasser des débris d'haikus.
Cela vous a un air de désolation, genre la fin est proche, les dernières cartouches. Mais chaque balle fait mouche. Vous recevez un plot de tristesse à chaque coup. Et il tire salement juste, le snipper Canut. Pas de quartier. Pas de prisonnier. Pas de pitié. C'est pas encore demain que les gendarmes du raid envahiront le blockhaus poétique du forcené.
Peut-être plus de poudre, mais il a encore des mots à dire Jacques Canut. Pas énormément. Pour les rafales jouissives faut plus espérer, quand on commence à trouver les jambes des filles trop maigres, c'est que la fureur de vivre a déserté le champ de bataille. Mais méfiez-vous, Jaques Canut détient encore en réserve quelques venimeuses flèches du parthe. De celles qui se plantent dans votre dos sans avertir. Et ce n'est pas parce qu'il pousse l'élégance à décocher les plus traîtresses sur les baudruches de ses désillusions qu'il ne faut pas se garder.
Vous risquez de ressortir de ce vide-grenier plus abîmé que vous n'y êtes entré. Vous croyiez folâtrer en toute quiétude entre les stands, et vous voici obligé de marcher à quatre pattes sous les éventaires pour vous défiler des projectiles. Attention où vous posez les pieds, les mains et le nez : la zone est criblée de munitions anti-personnels. La poésie de Jacques Canut est rarement sans éclats.
MINOU MON AMI. JACQUES CANUT.
CARNET CONFIDENTIEL N° 28 : LE VIDE-GRENIER. JACQUES CANUT.