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LE TOURNOIS DE VAUPLASSANS. MAURICE MAINDRON. par André Murcie.
LE TOURNOIS DE VAUPLASSANS. MAURICE MAINDRON.
Collection : Petites Merveilles du XIX ° Siècle.
252 p. FRANCE – EMPIRE. Janvier 2007.
Il fut un célèbre entomologiste. Mais surtout le mari d'Hélène Hérédia, et ce partant le beau-frère de Pierre Louÿs et d'Henri de Régnier. C'est grâce à cela que nous nous intéressons à lui. Quoique à la vérité le talent littéraire qu'il déploie dans ce roman n'ait en aucune façon nécessité de l'ombre tutélaire de la famille hérédienne.
Le titre risque de vous induire en erreur : nous sommes bien dans un roman historique mais pas au moyen-âge. En une époque troublée certes, et peut-être la plus terrible période de l'Histoire de France. Que l'on n'aime guère évoquer, ou alors seulement pour ses aspects intellectuels, car la guerre civile qui opposa le parti catholique au parti protestant ne cadre pas avec cette idée généreuse d'un creuset national dans lequel se serait forgée notre glorieuse identité nationale.
La trame du roman est d'une simplicité absolue, une femme, deux hommes. Une chaste damoiselle droite et pure, innocente comme l'agneau que l'on va égorger, un catholique trousseur de jupons par trop cynique pour être frappé de la grâce divine, un réformé qui ne croit en rien, ni en dieu ni en la science.
L'on sent bien que Maurice Maindron éprouverait une once de tendresse supplémentaire pour son catholique qui ressemble quelque peu à un Barbey d'Aurevilly qui aurait décidé qu'il vaut mieux vivre les péripéties de ses Diaboliques que les écrire, mais n'allez point imaginer qu'il avantagera en quoi que ce soit son héros.
Il faudrait retrancher ce vocable : l'humanité de Maurice Maindron n'est point héroïque. A le lire l'engeance humaine est composée d'un douteux assemblage de caractères : pillards, veules, menteurs, assassins, égoïstes, incapables, arrivistes... l'on doute de la mansuétude divine au jour du jugement dernier ! L'argent, la flagornerie, la cupidité, la bêtise, la cruauté règnent de haut en bas. Le roi et les grands ne valent pas mieux que les reîtres et les laquais.
La religion n'est qu'une excuse. L'on change beaucoup plus souvent de camp que de chemise. Les esprits sont vils et les âmes sales. Chacun poursuit ses intérêts. Les dissensions théologiques ne sont que des circonstances opportunes qui permettent d'arriver à ses propres buts le plus rapidement possible. L'on ignore si Dieu prendra le temps de reconnaître les siens, ce qui est sûr c'est que Maurice Maindron ne sauvera pas le Dieu d'amour. Ce fantoche pascalien n'est qu'un faux prétexte. L'on ne tue pas en son nom, l'on massacre allègrement ses voisins pour le plaisir.
L'intrigue se passe en le doux royaume de France, mais l'on vient des quatre coins de l'Europe et d'encore plus loin pour participer à la grande vénnerie. Nous n'avons pas inventé la mondialisation. Il suffit de déclarer l'ouverture de la chasse pour que la racaille humaine se déchaîne. De tous côtés l'on se précipite vers les proies désignées. Que l'on soit courtisan ou simple arbalétrier l'on se remplit les poches du sang de ses victimes. Si incidemment l'on trouve en leur fond deux ou trois pièces d'or l'on n'y crachera pas dessus, mais cela ne vaudra jamais la jouissance bestiale que l'on aura éprouvée à envoyer dans l'autre monde un être humain tout semblable à soi que l'on aura pris le temps de faire souffrir longuement. La torture psychologique est le signe de ce haut degré de raffinement auquel peuvent atteindre les nations les plus civilisées.
Je ne vous raconterai pas la fin. Encore plus stupidement horrible que celle que vous vous complaisez à imaginer. Sachez que Maurice Maindron ne vise pas à l'extinction de l'espérance humaine. Tout ce qu'il raconte est particulièrement horrible, mais il vous décrit toutes ces turpitudes d'une plume si somptueuses que vous aimeriez que même faute de combattants le livre ne finisse jamais. Pour trente pages de plus vous lui passeriez sans sourciller un demi-millier de morts supplémentaires. Et beaucoup plus si nécessaire.
Il se peut que vous éprouviez quelques interrogations sur les concepts de renaissance et d'humanisme à la lecture de ce Tournoi de Vauplassans. Mais gageons que vous n' éprouverez guère de remords à ce que notre auteur ne les utilise pas une seule fois. L'on ne fait pas de littérature avec de bons sentiments a-t-on l'habitude de plastronner. Le problème c'est que Maurice Maindron en commet de la fort bonne avec les plus mauvais penchants de notre commune inhumanité.
LE TOURNOIS DE VAUPLASSANS. MAURICE MAIDRON.
FRANCE - EMPIRE. 2007.