Le cygne noir numéro 1 >> Intentions 3
SPECTACLE LA LYRE DE PAILLE. par André Murcie.
JAZZ & POESIE
SPECTACLE DE L'ASSOCIATION LA LYRE DE PAILLE
INTERVENTION LEA CIARI ET PATRICK GEFFROY
Jeudi 15 Mai 2008. Lycée Thibaut de Champagne.
Assistance nombreuse pour retrouver Léa Ciari et Patrick Geffroy dans la grande salle du réfectoire. Les élèves se sont donnés le mot, à tel point qu'il sera nécessaire de faire une deuxième séance d'après-midi. Leur précédent passage, à peine vieux d'une année, a d'évidence laissé des traces et des souvenirs.
Quelques mots de présentation et la séance commence par la lecture d'un long extrait du roman Novecento d'Alessandro Barrico. Le genre d'exercice casse-gueule sur le fil d'un rasoir aussi tranchant qu'un solo de trompette. Sans trompette, Patrick cruel Geffroy laissera la sienne obstinément calfeutrée dans son étui tout le long du set, mais avec le tambour de la voix. Un phrasé mentholé qui suit le texte de Barrico au plus près ne s'en écartant que pour des improvisations scatées, comme des bulles de chant qui viennent crever à la surface arhitmétique du sens pour en articuler les plus profondes résonnances. Patick Geoffroy nous emporte, nous sommes loin des salles de classe, sur la mer, en plein océan, et nous suivons le mythique duel qui oppose Jerry Roll Morton à Novecento, celui qui joue du piano comme les bourrasques de la tempête s'amusent des voiliers en perdition. Le public est tictanisé, pendu aux lèvres de l'impossible conteur.
Léger intermède musical, Léa Ciari prend le second quart. Changement de climat. L'ambiance est salement plus bluesy poisseux, Billie Holyday déroule sa biographie. Autour de moi les yeux des jeunes filles sensibles se mouillent, Billie ne dénonce pas, elle se contente d'égrener le coton de l'impavide réalité des jours de misère. Bordel ! Les noirs ont morflé dur, la voix de Billie se mélange en fondu enchaîné au lamento de Léa Ciari, le chant du désespoir d'un côté et l'atroce compte-rendu des jours d'enfance et de jeunesse perdues portés jusqu'à une insupportable tension par la récitante. L'on se retiendrait presque d'applaudir pour ne pas briser l'ensorcèlement mais les bravos crépitent.
Tam-tam pour Aimée Césaire. La peau du djembé feule et se hérisse sous les doigts de Léa Ciari, nous quittons l'Amérique pour de tumultueuses retrouvailles avec l'Afrique. Tour à tour Patrick Geffroy et Léa Ciari scandent de la voix et de percussions, de chant et de flûtes, l'univers sonore du poëte de la négritude attitude. Les jeunes gens ne s'y trompent pas qui feront une ovation à nos blancs griots.
Silence et solitude. Extraits du recueil La Déploration de Zéno Bianu consacrée à Chet Baker. Tombe la neige, et l'émotion. Souffle de buggle dans les harmoniques de Patrick Geffroy, psaltérion palatal de Léa Ciari. Retour en Amérique. La boucle est bouclée. La bouche est bouchée. Les dents de la mort ont la couleur bleue de l'acier hollandais.
Deux morceaux pour finir, Patrick Geffroy se lance dans un boogie bluesy très Jerry Rock Morton, et il faut déjà se quitter. Deux heures que la féérie a commencé et les artistes nous saluent. Aux mines subjuguées des jeunes gens, ils ont manifestement tapé juste et fort. De toutes les manières nous sommes sûrs que le public n'est jamais autant resté sur sa faim en ce damné réfectoire. Pourtant ce fut un festin de poésie, et ce cul noir de jazz qui vint y rouler ses fesses sentait plutôt bon.
LA LYRE DE PAILLE
SPECTACLE JAZZ & POESIE
INTERVENTION : LEA CIARI & PATRICK GEFFROY.