Le cygne noir numéro 1 >> Intentions 2
CORRESPONDANCES. JEAN-NOËL LASZLO. par André Murcie.

EXPOSITION EN RESEAU. MUSEE DEPARTEMENTAL STEPHANE MALLARME.

4 Promenade Mallarmé. 77 870 VULAINES-SUR-SEINE.

Du 26 Avril au 28 Juillet 2008. Vernissage 1e 14 Mai 2008.

Exposition mais aussi une belle brochure au prix donné de quatre Euros. Avis aux collectionneurs

 

Un musée se doit d'être vivant. Enfouissez-les moi ces choses mortes dans l'armoire au souvenir, que la poussière des consécrations les recouvre aussi rapidement que des cendres de Pompéi... La Maison de Mallarmé s'ouvre donc à l'art contemporain. Ce n'est pas sans danger, notre époque s'adonne sans vergogne à la démartgogie, et nos artistes ne sont souvent que d'ignobles bricoleurs du samedi soir, qui « travaillent » et accouchent d'insignifiantes oeuvrettes de partcotille... Mais cette chronique n'a pas à être le lieu d'une diartribe contre l'art moderne. Tout compte fait que l'on soit sur les plus hautes cimes de l'exigence poétique ou au pays des faiseurs de marécages, l'on côtoie toujours des abîmes...

 

Fin d'après-midi pluvieuse pour cette tardive inauguration. Le choix du milieu de semaine n'est peut-être pas judicieux, l'assistance ne dépassera pas une cinquantaine de personnes. C'est dommage. Jean-Noël Laszlo est là, plutôt sympathique au demeurant, même si nous n'accrochons point aux modalités métaphysique de son travail. La série, fût-elle aléatoirement combinée à l'âge du capitaine, nous semble avant tout une reproduction, une démarque, au sens commercial et péjoratif de ce mot, de la fabrication industrielle.

 

Sous prétexte que Mallarmé s'est adonné aux loisirs de la poste, ainsi surnommait-il ses quatrains enveloppant, de leurs vers précis et facétieux, telles les tentacules de la pieuvre, l'adresse des destinataires de ses épistoles, Jean-Noël Laszlo, impénitent facteur de notre modernité calamiteuse mêle l'art du mail art à de sériales divagations intermédiatiques. Car l'art est devenu le média de sa seule et unique préoccupation : sa propre médiatisation. Autoportrait de l'artiste en représentant de commerce. Le vendeur est aussi son propre produit.

 

Ce n'est plus une question d'exposition mais une problématique de surface d'exposition. L'intercommunicabilité, concept post-chrétien de cette charité qui commence toujours par soi-même et n'a d'autre fin que sa perpétuelle préservation, a beau jeu : le musée Mallarmé ne propose que quelques panneaux grand-format reproduisant moins d'une dizaine des enveloppes originales, le reste est dispatché dans quelques lieux artistiques institutionnels et dans huit Unités d'Action Sociale de Seine-et-Marne.

 

L'artiste se propose même d'initier certains groupes de familles en difficulté fréquentant ces Centre à une pratique ludique de l'enveloppe timbrée. Il est sûr que cela ne saurait leur faire de mal, mais une fois que l'artiste aura achevé sa mission nous doutons que les souffrances d'insertion sociale de ces individus s'en trouvent amoindries. Pour notre part nous opinons qu'un revenu stable, des conditions de logement acceptables et un soutien médical gratuit serait des mieux appropriées. Les artistes modernes se donnent bonne conscience à peu de frais. D'altruistes sentiments ne sauraient être la garantie de l'efficience artistique !

 

La première salle est consacrée à ces grands tableaux dont nous venons de parler. Nous passons très vite à la deuxième pour nous apercevoir que les lettres ne gagnent rien à leur surdimention. Au contraire celle-ci accentue les défauts du militantisme collaborationniste qui a décidé de leur fabrication. Jean-Noël Laszlo a pris pour principe directeur d'envoyer ces missives à dix-neuf photographes censés les illustrer, tandis que dans un second temps des poètes y inscriront une profonde maxime... Ces interconnexions répétitives ont accouché d'une structure un tantinet monotone : vous en avez vu une, vous les avez toutes regardées.

 

Cette deuxième salle offre donc les lettres originales et un aperçu de différents postages réalisés par l'artiste. Mais c'est le dernier espace de l'exposition qui est un véritable feu d'artifice de couleurs et de créations. S'étale un incroyable fouillis de lettres réalisés par des enfants de classes primaires, de collège et de lycée. Revenus en leur établissement, ces jeunes gens se sont précipités sur leur matériel d'arts plastiques et leur imagination ! Il est sûr que la sacoche du préposé au courrier de Vulaines ne doit pas en croire ses yeux ! Débauche de supports et de formes, nous savons que les mineaux sont ivres de créativité, mais à ce point-là, il est patent que nombre d'artistes contemporains peuvent aller se rhabiller. Pas d'inquiétude la relève est assurée !

 

Nous pouvons remercier Jean-Noël Laszlo d'avoir accepté le risque de cette confrontation. C'est sans doute cela le courage poétique.

DU CÔTE DE CHEZ MALLARME : CORRESPONDANCES CONTEMPORAINES.

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