Le cygne noir numéro 1 >> Intentions 2
GENEVIEVE MALLARME BONNIOT. MARIE-THERESE STANISLAS. par André Murcie.

    3. GENEVIEVE MALLARME BONIOT

    MARIE-THERESE STANISLAS

 

Décidément nous aurons du mal à quitter Valvins. Lors de l'après-midi Slam nous discutâmes avec une lointaine connaissance rencontrée en d'autres lieux bien loin des auspices mallarméennes. Nous apprîmes ainsi que notre collègue n'était pas venue-là par hasard, ayant passé toute son enfance, à venir courir et s'amuser, en jeune voisine dans la maison de la dernière héritière du legs mallarméen, Madame Paysant.

 

Le dimanche suivant, ce fut Gérard Macé qui débuta sa conférence en racontant comment il avait, aux alentours d'une trentaine d'années précédentes, frappé à la porte de Valvins et avait été reçu par la même Madame Paysant, et son mari, commissaire de police qui l'emmena sur la tombe du poëte à Samoreau, en récitant des vers de Mallarmé...

 

Et cette troisième semaine, pour ne pas quitter précipitamment la maison de Valvins, nous tombons en une librairie sur ce livre paru en 2007, chez NIZET, préfacé par MICHEL GAUTHIER et consacré à la fille de Mallarmé.

 

Geneviève ! tous les fidèles mallarmistes n'ignorent rien des jours que la fille du poëte passa auprès de son père jusqu'à la mort de celui-ci. L'on sait les prétendants et les refus de Mallarmé et cette étrange acceptation de Francis Poictevin réalisée dans le dos de la première concernée... Mais la trace se perd après 1898. Selon quelques lignes hâtives de Paul Valéry l'on pouvait en conclure à une union matrimoniale arrangée avec le Docteur Bonniot, bourgeoise manière propre à l'époque d'assurer la survie de deux femmes – la mère et la fille – démunies de toute fortune...

 

Le livre de Marie-Thérèse Stanislas, réalisée à partir de traditions familiales et de correspondances inédites pieusement conservées apporte de multiples précisions. Si l'union de Geneviève et du Docteur Bonniot a pu longtemps paraître comme une sage décision, Marie-Thérèse Stanislas évoque les deux jeunes gens se découvrant et tombant peu à peu amoureux l'un de l'autre alors qu'ils s'occupaient à classer le monceau de notes semi-séculaires du poëte. Avouons qu'un peu d'idylle romantique ne messied pas à l'épilogue mortuaire.

 

Bonniot et sa femme feront tout pour préserver l'héritage de Mallarmé. Vers de Circonstances, Poésies, Igitur, Le Coup de Dès, seront sauvés du naufrage et de l'oubli grâce à l'obstination du couple qui prépara les premières éditions et se battirent pour qu'elles vissent le jour. Pour notre part nous eussions aimé que l'auteur s'attardât davantage sur l'intelligente préface du docteur à La folie d'Elbehnon. C'est vraisemblablement la meilleure ordonnance qui ait été rédigée sur le sujet, et pourtant j'en ai avalé toute une flopée dans mon existence ! D'autant plus méritoire que Bonniot n'a peut-être pas toujours pris les bonnes décisions envers les brouillons de Mallarmé.

 

Le couple Bonniot parviendra en octobre 1902 à réaliser un vieux rêve : acquérir Valvins, afin que la maison ne tombe pas aux mains de vils béotiens ! Hélas, la vie emmène ses catastrophes. Peut-être ces chapitres sont-ils les plus éloignés de notre sujet, mais ils n'en comportent pas moins un indiscutable intérêt historique et humain. Nous pénétrons au coeur d'une famille française en ce mois d'août 1914... Radiologue, Bonniot sera affecté à l'arrière et passera trois années à Nantes où Geneviève le rejoint à soigner les blessés... Après la guerre, le bonheur restera précaire, Geneviève disparaîtra en 1919 des suites d'un cancer...

 

Bonniot se remariera, sur les conseils de Geneviève agonisante, en 1920 avec Louise, une petite nièce Ponsot, famille amie des Mallarmé... Fidèle à sa mission Bonniot continue à faire paraître des inédits de Mallarmé mais en 1928, Bonniot, miné par la maladie, et Louise quittent leur domicile parisien pour s'installer définitivement à Valvins. C'est en cette occasion que l'ensemble de l'ancien mobilier de la rue de Rome est rapatrié à Valvins. Bonniot a accompli sa tâche de préservation. Il succombera en 1930. Louise lui survivra quarante ans dans la maisonnette... Ses petites nièces Marie-Thérèse Stanislas et Jacqueline Paysant en héritèrent. La boucle est bouclée. En 1985, après de longues insistances, l'état Français - par l'entremise du Ministère de la Culture, la région Ile-de-France et le département de Seine-et-Marne qui en est l'actuel propriétaire - consentit enfin et de guerre lasse ( telle est la sinistre et honteuse réalité ) à se porter acquéreur de la maison. Dans le but de la transformer en musée.

 

Tout est bien qui finit bien, serait-on tenté de dire. Oui, mais que cela ne nous empêche pas de monter autour de cet édifice sacré une garde vigilante, et nos articles participent de celle-ci, préventifs. Les temps actuels sont au désengagement financier des institutions étatiques, régionales et départementales ; même si à notre connaissance il n'y a aucun danger qui se préciserait à l'horizon, restons en alerte. Bien des universités américaines, bien des fondations japonaises, par exemple, seraient prêtes à débourser de grosses sommes pour rentrer en possession du mobilier et des collections de Valvins. Méfions-nous des convoitises et des logiques culturelles de merchandisation libérales, qui lorgnent de plus en plus sur les richesses de nos musées. Peu connu du grand public, donc peu attractif selon la bovine logique des cervelles technocratiques qui nous gouvernent, d'un contenu très pointu, Valvins arbore toutes les qualités paramétriques d'une cible potentielle idéale.

DU CÔTE DE CHEZ MALLARME : EVOCATION DE GENEVIEVE MALLARME.

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