Le cygne noir numéro 1 >> Intentions 2
GERARD MACE CHEZ MALLARME. par André Murcie.

GERARD MACE, POETE.

DIMANCHE 16 MARS 2008.

 

L'on ne change pas de salle, mais de dimanche. Et d'ambiance aussi. Bye, bye la slamique bonhommie du dimanche précédent. L'atmosphère est beaucoup plus mondaine, intello-feutrée la caractériserions-nous. Faut dire que Gérard Macé bénéficie d'une autre aura médiatique que les petits slameurs anonymes de grande banlieue.

 

L'homme est d'ailleurs d'un abord sympathique, d'une extrême simplicité, sans coquetterie, pas du tout littérateur. Interrogé par Marc Blanchet qui assure la direction artistique de plusieurs manifestations littéraires de qualité en Seine-et-Marne dans le cadre du Dixième printemps des poètes et de l'opération A Voix Vives initiée par la Médiathèque départementale, Gérard Macé nous parle de son rapport personnel à l'oeuvre de Stéphane Mallarmé et tente de dresser le portrait d'un Mallarmé de chair et d'os, qu'il qualifie de vivant, dans l'idée de l'extraire de sa gangue métaphysique par trop abtruse pour le grand public.

 

Gérard Macé parle juste, ce qui n'empêchera pas en fin de discussion l'intervention d'une spectatrice lui reprochant avec quelque raison de vouloir revêtir le poëte des oripeaux d'une falsifiante facilité, afin d'atténuer l'aspect métaphysique de la démarche mallarméenne. Reconnaissons que Gérard Macé n'est pas exempt de ce reproche. Certes il a à plusieurs fois souligné le scandaleux désintéressement de l'oeuvre mallarméenne envers nos patelines préoccupations de modernes attachés à une certaine forme de compassion sociale de bon ton qui ne mange pas de pain. Du moins des miettes que nous réservons aux pauvres. Mais il est vrai, que comme bon nombre de ses pairs amenés à se prononcer sur le cas Mallarmé, Gérard Macé a tout de même du mal à s'engager publiquement en faveur d'une vision, que nos contemporains stigmatiseront du vocable, élitiste, alors qu'il serait si évident de reprendre l'originel, hiératique, de la nature de la poésie. Même Mallarméenne.

 

A l'entendre nous avons surtout eu l'impression que Gérard Macé reste en deçà de sa propre compréhension de la notion de poésie. Ses textes critiques sur Mallarmé ou Nerval relèvent bien d'une subtile adéquation à l'aventure poétique de ses modèles. Mais lui-même, lorsqu'il passe à l'écriture proprement poétique – il nous lut et nous commenta plusieurs de ses poèmes – ne s'aventure pas plus loin qu'une prudente démarche. La poésie de Gérard Macé qui se veut, en opposition, et pour cela nous ne pouvons que nous en féliciter, aux assassines déclarations de la génération précédente qui biffa le poème pour le remplacer par le texte, reconquête d'un certain lyrisme, n'ose point aller – car si vous restituez le sujet lyrique vous devez en toute logique d'abord affirmer, difficile en nos temps de consensualité démocratique, l'impérieuse royauté du poëte - jusqu'au bout de ses volitions. Ses commentaires qui se contentèrent de rétablir les circonstances évènementielles de la production de ses textes – qui seront vers ou prose, sans que l'on sache l'intérieure et inhérente nécessité d'un tel déploiement – oublient un peu trop que chez Mallarmé, il est dit en toute lettres ( toute l'être) que l'aléatoire de la circonstance est déclinée selon le mode de l'absolue nécessité ontologique.

 

Ceci posé, nous avons passé une agréable après-midi. Mais même en face de la Seine, la lyrique françoise n'est pas encore prête à passer le milieu du gué de sa propre déchéance !

 

DU CÔTE DE CHEZ MALLARME : MACE-VOUS LE CRÄNE !

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