Le cygne noir numéro 1 >> Intentions 2
SCENE SLAM CHEZ MALLARME par André Murcie.
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SCENE SLAM.
DIMANCHE 09 MARS 2008.
Nous revenons souvent sur les lieux du maître. Nous pensons qu'il est bon de laisser une trace écrite des évènements qui se passent, ou qui se sont passés, en cette modeste demeure. Une de nos façons à nous de perpétuer la ferveur autour de l'oeuvre d'un des plus purs esprits et des plus rares intelligences des siècles passés.
Animation un peu inhabituelle. Les vitrines de la grande salle du bas qui abritent l'Exposition De Manet à Vuillard : Impressionnistes et Nabis dans les collections du Musée Mallarmé ont été repoussées contre le mur. Certains ont dû faire la fine bouche : comment du slam chez Mallarmé ? La banlieue qui débarque à Valvins, l'on aura tout vu !
Et en effet l'on a tout vu : un bonimenteur de fête foraine qui joue aux gentils organisateurs, une petite fille de six ans qui vient réciter les poèmes qu'elle a appris à l'école, un octogénaire en goguette qui versifie sa jeunesse, une mamie espagnole, un quarteron de slameurs melunais en service poétique commandé, encore une mamie, portugaise cette fois-ci, une responsable du musée qui s'essaie à l'écriture comme l'on se jette à l'eau sans savoir nager, un jeune garçon qui dresse un hommage à Henri Salvador, une âme triste qui chante la femme avec un F majuscule, un jury manifestement incompétent... On en passe, et des pires. Nous n'oublierons ni le café chaud, ni le jus d'orange, ni les petits gâteaux...
Inutile de vous préparer à écrire une lettre de protestation à la Présidence de la République, car s'il est vrai que l'on n'a point entendu d'oeuvres bouleversantes dont la beauté déchirante serait comme une invitation au suicide ou à la quête de la beauté éternelle, l'on a passé une superbe après-midi. Ce ne fut pas génial mais cela respirait d'une qualité éminemment mallarméenne : l'authenticité d'incarnation de sa propre êtralité. L'on ne devait pas être très loin de l'ambiance populaire de ces soirées du Théâtre de Valvins pour lesquelles Mallarmé ne rechigna pas à composer un septuor de circonstances.
Soyons sûrs que l'ombre tutélaire du maître a dû esquisser un malicieux sourire d'acquiescement à ce fatras de maladresses rythmiques, certes l'on a touché au vers, et gravement. Mais tout cela témoigne aussi d'un certain attachement et peut-être même d'une mimétique résurgence du vieil alexandre, parmi des pans entiers d'un public populaire qui, dans la superbe ignorance des cris d'orfraie d'une certaine intelligentsia structuralo-narratologique, renoue intuitivement, instinctivement, avec les grandes orgues de la rime et de la poésie françoise dès que l'occasion lui est donnée de parader, et de prendre la parole poétique.
DU CÔTE DE CHEZ MALLARME : ET SLAM PASSE-MOI LA POESIE !