Le cygne noir numéro 1 >> Intentions 1
CLARTES. GRANDES SIGNATURES. N° 1. AVRIL 2008. par André Murcie.
JEAN D'ORMESSON. ROBERT HOSSEIN. JACK LANG. JEAN-JACQUES AILLAGON. MARC FUMAROLI. JEAN-PAUL AUFFRAY. VENCESLAS KRUTA. JEAN-PHLIPPE LECAT. MARIE-PAULE LAVALETTE. PAUL DEROCHE. NICOLAS DUCIMETIERE. MAËLLE GENTIL. KAMIL FADEL.
C'est un peu le même système que Service Littéraire mais ici l'on ne se contente pas de douze pages sur papier journal non recyclabe. Revue de prestige destinée à semi-grand public cultivé. Pas moins de trois anciens ministres dans le générique ! Les Editions Faton ont sorti la grosse artillerie. Quadrichromie à tous les étages, mots difficiles expliqués dans les marges pour que vous n'ayez pas le temps de réaliser la crasse de votre ignorance, encarts explicatifs toutes les trois pages et demie, mais le petit personnel des plumitifs de service ne sera pas cités. On reste entre gens de bonne compagnie.
Clartés. Grandes signatures. s'intéresse à la culture européenne. Nous ne saurions le lui reprocher. Tant d'européens d'aujourd'hui entrent en extase mystique dès que l'on évoque la spiritualité bouddhiste, l'art du thé japonais et les contes africains que c'en devient presque une faute morale que de se revendiquer de la culture occidentale. Mais l'Europe que nous propose Clartés n'est pas la nôtre. L'idéologie de la revue est très claire. Faute de pouvoiir discréditer la richesse de l'apport gréco-latin à notre civilisation l'on va essayer d'en diluer l'importance en la réduisant à un élément parmi d'autres tout aussi primordiaux.
La bonne conscience occidentale ne saurait se prévaloir de la suprématie originelle de ses fondements gréco-romains. Manoeuvres cousues du fil blanc de la rédition et du reniement de nos élites actuelles. Certes si dans l'absolu tout équivaut à tout et à rien, l'idée européenne en tant que déploiement historial remonte bien aux soubassements culturels de l'Imperium Romanum. Venceslas Kruta peut bien nous ramener 30 000 ans en arrière, l'Europe n'est pas un continent géographique mais un espace historique. L'Histoire Européenne nous la concevons, non pas comme la succession chronologique d'évènements ontologiquement différents, mais comme une volonté de construction politique.
Ceux qui comme Jean-Philippe Lecat déblatèrent, non sans réelles analyses et connaissances, sur Saint Bernard, nous parlent d'une Europe aux racines chrétiennes chères aux penseurs et grands argentiers libéraux. Banquiers et pseudo-philosophes ont ceci en commun qu'ils s'adonnent au commerce des âmes.
Le libre échangisme démocratique ne l'avouera jamais car il n'entend pas dévoiler ses plans de campagne : toute la production intellectuelle de ses penseurs, qu'ils en soient pleinement conscients ou qu'ils soient en leur généreuse naïveté gauchisante cyniquement manipulés ( et souvent même auto-manipulés ) poursuit une même visée : celle de l'occultation systématique des fondements impérieux de l'Europe moderne. Pour la seule et simple raison que le seul mouvement révolutionnaire qui sera en mesure de briser son hégémonie n'aura d'autre solution que de pousser ses racines dans ce seul terreau historial encore à sa disposition. N'oublions pas que l'Europe libérale se construit en rejetant dans les mers de l'oubli toute cette tradition de luttes, de droits, d'expériences, et de cultures directement entés sur l'antiquité païenne.
La revue commence mal : quelle dérision d'en arriver à donner la parole Jean-Jacques Aillagon, celui qui sortit si promptement son pistolet contre les intermittents du spectacle vivant, pour défendre l'idée de culture ! Plus loin Fumaroli pérore pour ne rien dire sur Rousseau et Chateaubriand, en fin de livraison un deuxième couteau sous prétexte de l'exposition Rome et les Barbares essaie de nous faire prendre les vessies de la fausse érudition pour des lanternes de Venise. Chère Marie-Paule Lavalette, les invasions barbares furent bien une catastrophe, et non pas une simple redistribution des cartes du pouvoir !
Quant au meilleur article de la revue, celui de Jean-Paul Auffray sur le principe de moindre action, nous nous demandons si son auteur a compris le propre retournement épistémologique de sa pensée sur sa propre originéïté religieuse. Chassez le christianisme il revient sur vous au galop. Comme la lance de Philolaos à l'extrême fin de l'univers. Pour notre part nous ne nous gênerons pas pour lancer la première pierre sur ces grandes signatures.
CLARTES. GRANDES SIGNATURES. N° 1. AVRIL 2008.
Distribué en kiosque et par abonnement.