Le cygne noir numéro 1 >> Intentions 1
QUAND J'ETAIS BLOUSON NOIR. JEAN-PAUL BOURE. par André Murcie.

Les yeux sont tournés, cause de quarante bougies vers 1968, c'est oublier un peu trop vite le début de la décennie prodigieuse qui débuta par un tsunami rock'n'roll d'une telle violence et d'une telle ampleur que l'on a voulu le rayer de la mémoire collective. L'on parle de contestation estudiantine, l'on se gargarise de contre-culture, mais le phénomène d'anarchie noire que suscita l'explosion du rock'n'roll au début des années soixante l'on a préféré l'inscrire dans les marges du refoulé social. Il est vrai que cette funeste apparition rock'n'rollienne bouscule quelque peu les schèmes explicatifs des sociologues : les outlaws modernes guignaient d'un peu trop près du côté d'une Amérique mythique, celle des fureurs apaches, celle des Jesse James, celle des miaulements désespérés d'un Gene Vincent, celle des flamboyances en carton-pâte d'Elvis Presley, celle du dessous de la ceinture, celle des basses classes... rien à avoir avec l'intellectualisme de gauche bien-pensante...

 

Il est des généalogies qui ne trompent pas, ces dernières années Jean-Paul Bourre a fait paraître deux ouvrages sur Gérard de Nerval et Villiers de l'Isle-Adam. Il existe des lignes de force telluriques qui parcourent les continents et les siècles et qui relient les nodosités les plus extrêmes, celles qui traversent les zones crépusculaires des énergies noires, ces modes de vie d'obédience êtrale que l'on surnomme poétiques.

 

Photo de Vince Taylor en couverture, coupures de presse en fin de volume, Jean-Paul Bourre a tout fait pour que la saga intérieure de ces rêves d'adolescent interfère le lecteur contemporain et le télescope à l'historicité des faits rapportés. Qui se souvient encore de la bande des Croix blanches d'Issoire ? Bien sûr en une courte notule finale il avoue avoir maquillé l'âge des protagoniste et quelques noms, l'on pourra même se permettre de faire la fine bouche sur quelques notes de mauvais goût, par exemple l'introduction répétée d'Adamo et de ses chansonnettes kitscho-réactionnaires dans le juke-box, mais arrêtons de critiquer les rémiges de l'aigle.

 

Le livre se lit d'une traite, il se déploie comme un raid de sous-marin nucléaire qui s'en va torpiller la calotte glacière dans le but avouer de provoquer une catastrophe écologique de grande ampleur, l'objectif suprême étant de rayer l'insecte humain de la terre. Non ce n'est pas un thriller, c'est le compte-rendu in vivo des fureurs adolescentes qui vous court-circuitent le cerveau dès que les phéronomes de la puberté poignardent votre enfance. Dans le dos.

 

Dick Rivers, Johnny Hallyday, Vince Taylor, Gene Vincent s'y taillent la part du lion insupportablement incorrecte – le rock, le twist, Salut les Copains, les yé-yés, aujourd'hui encore les bons esprits ne peuvent tourner leurs regards vers cette époque sans des mines de mépris et de condescendance appuyées - mais la brisure, la cassure entre l'ancien monde et le nouveau s'est faite là, même si beaucoup de chiens édentés actuels répugnent à reconnaître qu'ils proviennent des oeufs du serpent antédiluvien. Dévolution lente des reniements.

 

Le livre est écrit de l'intérieur. Le scénario en est d'une simplicité absolue. La vie est invivable. Elle se déroule comme un mauvais film. L'art de vivre consiste à se fabriquer sa propre bande-son afin de faire ressortir les mythèmes de son propre vécu que l'on désire signifiants. Vous n'êtes plus la victime institutionnalisée qui répète un rôle que l'on a choisi pour vous, par un coup de baguette de batterie, vous devenez le réalisateur d'une oeuvre culte, un symbole vivant et agissant sous les projecteurs de votre conscience.

 

Gitanes TT, concerts, fêtes foraines, filles faciles, pimbêches petites bourgeoises, branlées frénétiques sous les posters d'actrices, branlées paternelles bien plus viriles, mais comment lui en vouloir il a le cerveau plat, bastons, jeans délavés, séries noires, teppaz, rien ne manque, surtout pas cette fureur de vivre vite, mais bien. Attention Quand j'étais un blouson noir n'en est pas pour autant un livre témoignage, c'est avant tout un des plus beaux récits autobiographiques sur le passage de l'enfance à l'adolescence qui m'ait été donné de lire.

 

Quand j'étais un blouson noir se termine sur une apothéose métaphysique. Il est difficile d'identifier la camarde quand elle fait du stop au bord de la route. Ce sont parfois les meilleurs qui restent au bord de la tombe, et le chemin de croix blanches ne fait que commencer.

 

QUAND J'ETAIS BLOUSON NOIR. JEAN-PAUL BOURRE.

ISSOIRE. 1960 - 1963.

211 p. SCALI LITTERATURE. AOÛT 1997.

QUAND J'ETAIS BLOUSON NOIR. JEAN-PAUL BOURRE.

ISSOIRE. 1960 - 1963.

211 p. SCALI LITTERATURE. AUÔT 2007.

QUAND J' ETAIS BLOUSON NOIR. JEAN-PAUL BOURRE.

ISOIRE. 1960 - 1963.

211 p. SCALI LITTERATURE. AUÔT 2007.

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