Le cygne noir numéro 1 >> Intentions 1
MATIN. ISABELLE PRINCE. par André Murcie.
Linogravures AYMERY ROLLAND.
Editions ENCRE & LUMIERE. 30 260 CANNES ET CLAIRAN.
Carton et outremer pour la couleur, format carré, papier recyclé au doux toucher de peau, il est clair que l'on cherche la belle ouvrage. Pour ne pas dire la belle ouvragée, la belle ouvrée. Ne m'en veuillez point d'être si cru, c'est que la princesse est nue et n'adjure rien du plaisir qu'elle offre à son amant. Et à elle aussi, car s'il fallait parler d'impudicité ce ne serait que selon le pli intérieur que l'âme jouissive impose à l'offrande du corps.
Peu de mots en ce matin mutin. La femme n'est qu'une fente, l'amant est inondé de bonheur, l'on l'envie de prendre langue avec une telle poëte. Car les mots d'Isabelle Prince vont à l'essentiel de la féminité et du dire. Un doigt sur les lèvres pour intimer le silence du cri et de l'offrande. Le foutre gicle en la foudre des mots. L'amant n'est plus qu'un parfum d'amande.
Aymery Roland n'a pas résisté à dévoiler davantage que les vocables n'en désignent. Sur la couverture il donne à voir l'entière déesse écartant les jambes et en fin de recueil cette femme extatique dans les affres du jouir, avec dans les deux desseins, ces seins proéminents que le texte ne nomme même pas.
Isabelle Prince se donne à nous en tant que femme sexe, que sexe femme, absoluïté de la jouissance clitoridienne qu'elle dénomme vaginale, comme si elle n'était que le secret de ses sécrétions extimes. Entre les pages, des feuilles de papier carbone comme autant de membranes à déflorer du regard.
Sans doute y a-t-il une belle dose de vampirisme sexuel à transformer le lecteur en voyeur de sa propre et égotiste jouissance. Mais qui y prend le plus de plaisir ? Il se pourrait bien que ce soient les rares récipiendaires des quatre-vingt dix neuf exemplaires. Pour ma part j'aurai rarement vu femme de papier au râle charnel de si près.
MATIN. ISBELLE PRINCE.